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Asso ou disso ?

Lyon2008 Le poids de forme n’était pas au rendez vous pour cette course sous un soleil agréable mais avec un vent du sud qui promettait une dernière ligne droite douloureuse. Donc pas de chance de record, juste une nouvelle occasion d’aller au bout de soi, au-delà même. On fait des sacrifices avant, on se jure de ne jamais recommencer pendant et on regrette de ne pas être allé plus vite après. Et tout ça pour des clopinettes, tout ça pour se retrouver vent de face avec une fréquence cardiaque qui explose et une vitesse qui s’effondre.

Non ce n’était décidément pas le jour du record. Conscient en permanence pendant la course de ce rendez-vous manqué, j’en ai profité pour analyser au cœur de l’action les causes de l’échec promis, au-delà des conditions extérieures qui ne sont qu’un alibi pratique. Comment gérer l’effort quand il sort des limites du corps et de l’esprit ?

Le verdict est clair : abus du style associatif au détriment du style dissociatif. En d’autres termes je passe mon temps à me concentrer sur la douleur pour la combattre par des actions internes : on modifie sa foulée, on essaie de se relâcher ou on adopte un rythme respiratoire différent. Le style dissociatif consisterait au contraire à laisser divaguer son esprit ou se concentrer sur l’externe, en faisant des grilles de sudoku imaginaires avec les numéros des dossards des coureurs par exemple. Combattre la douleur en l’oubliant…

Comme dans toutes les stratégies gagnantes, l’alchimie est plus complexe. Certes, faire une compétition en pensant à ses futures vacances ne forge pas un vainqueur. Mais se focaliser sur la douleur n’est pas source de performance non plus. L’idéal serait de mixer les deux pour d’une part profiter de moments de récupération et d’autre part pour vérifier que la machine ne va pas tomber brutalement en panne.

On ferait mieux de temps en temps laisser divaguer son esprit, tout en le maîtrisant, et l’emmener sur les chemins de la concentration dissociative. Alors qu’en plein effort je me demandais simplement si cette constatation ne valait pas aussi pour le monde de l’entreprise, je finissais en trombe …CQFD !

J'avais la frite...

Frite3 21 octobre... un moment que j'attendais depuis lontemps, surtout depuis huit semaines, huit semaines de sacrifice et de privation. La course ! celle où il faut courir à la fois à fond et longtemps, celle qui nécessite des jambes de feu et un coeur de lion. Le temps est froid, le vent du nord souffle sur le plateau et frigorifie les 1000 participants à cette course qualifiante aux championnats de France.

Huit semaines sans gras ni sucre, huit semaines d'entrainement forcé et renforcé au petit matin ou au crépuscule, huit semaines pour perdre  sept kilos de gras sans perdre une once de muscle, huit semaines pour allonger de quelques centimètres la foulée, huit semaines pour ralentir un coeur qui bat toujours trop vite. Un objectif, battre mon record qui date de 2004, battre un record pour me persuader que la pente est toujours ascendante, pour reculer encore le vertige de la descente sans fin...

Le coup de feu claque. Je lâche les chevaux. Ma foulée est fluide, j'écarte les présompteux placés trop près du départ et qui me font obstacle. Je déroule. Huit semaines sans frite, sans beurre, sans cacahuète à l'apéritif, sans apéritif non plus. Je double et me dédouble. J'entends souffler autour de moi, cracher. Je ne m'entends même pas respirer. Chaque encouragement déclenche une décharge d'adrénaline. 175 bpm, mon coeur est à bloc, parfaitement dans le tempo, comme une belle mécanique. Huit semaines de légumes, de thon-lentille, de fromage blanc 0%, de blanc de poulet. J'accélère encore, pourquoi ai-je tant de réserve ? 178 bpm je ne m'emballe pas. Que faire, assurer ou aller encore plus vite ? comment atteindre le point de rupture sans le dépasser ? huit semaines sans permission de minuit, huit semaines de massage au ketum, huit semaines d'escaliers quatre par quatre...

L'arrivée est proche. 183 bpm, je ne regarde plus le chrono, je vole. Sentir chacun de ses muscles est une douce jouissance et un par un je dépose les coureurs au bord de la souffrance. Le dernier tour de piste est un tour de gloire, le record est battu.

Que dis-je, le record est pulvérisé ! de plus de deux minutes ! les 850 coureurs arrivant derrière moi me regardent avec envie, malgré mes huit semaines de privation. On me félicite, on s'étonne, on parle de dopage. On me dit que je suis comme le bon vin qui se bonifie avec l'âge.

Ben non, je suis persuadé qu'on ne se bonifie pas avec l'âge, bien au contraire. J'ai été bon, c'est tout. J'ai juste un regret, pourquoi ne pas être allé plus vite ? Le temps de se photographier, de se changer et nous sommes allés de concert, ex-collègues et collègues actuels affûtés eux aussi, goûter à une spécialité inédite, les frites au beurre.

Juste des frites avec une motte de beurre pour oublier ces maudites huit semaines.

 

La logistique et la production (fable)

Livre  Il faisait très chaud ce jour là, plus de 35°, pas de quoi mettre un coureur dehors. J'examinais avec attention les molets fins et tendus de SM. Pas de doute j'allais encore me faire battre. "je vais partir avec les éthiopiens". Ce qui est bien avec SM c'est qu'il ne doute de rien. Partir avec les éthiopiens ! enfin ceux qu'on appelle ainsi parce qu'ils sont plus proches de la gazelle que de mon voisin de palier. Ces coureurs des hauts plateaux qui écument les courses régionales pour boucler les fins de mois. SM s'approche du groupe des éthiopiens. C'est bizarre comme il semble obèse au milieu de ces jambes interminables !

Pourtant , ceux qui suivent ce blog, savent que SM est sec.

Au coup de pistolet une marée noire s'élance. Désynchronisé mais aussi rapide, SM  fait un peu tâche blanche au milieu, comme une écume polluée. Rapidement je les perds de vue. Je pars à mon rythme, comme d'habitude. 3'40" sur le premier kilomètre, c'est bien.

Alors les pensées diverses prennent le pas sur la stratégie de course. Se faire griller par la logistique, eux qui d'habitude sont toujours juste en retard, à défaut d'être juste-à-temps...comment revenir lundi la tête haute en ayant pris plusieurs minutes dans la calebasse ?

Deuxième puis troisième kilomètre. Mon rythme s'est légèrement réduit. je ne pense plus à SM . De toutes façons il est surement dopé, ça ne peut pas être autrement. Et puis lors de la réunion du lundi matin, je ne vais pas le rater...

Je suis dans les temps de mon record. La chaleur est pourtant étouffante. Je remonte progressivement les coureurs partis trop vite.

Cinquième kilomètre: une silhouette est à la peine juste devant moi. Je me porte à sa hauteur. C'est lui ! le visage déformé, la cuisse terne et la langue pendante ! je lui adresse un regard aimable, jauge son état et je le laisse sur place dans une accélération fulgurante...un petit coup d'adrénaline par dessus les endorphines, coktail détonant qui remet les choses à leur juste place. Après tout il faut respecter la hiérarchie...

C'est la seule fois où j'ai battu SM dans une course officielle. Mais grâce à ça c'est (encore) mon ami... jusqu'à la prochaine, qui aura lieu le 21 octobre !

En attendant je vous recommande ce très bon film, Fair play, passé inaperçu mais si pertinent sur les relations humaines ambigües entre le sport et le monde du travail. 

A bribes abattues !

Jambes_3 Mes entrainements de course à pieds malgré leurs exigences sont toujours des sources d'intenses réflexions (sic). Une fois que le pectiné, le long peronnier et  le jumeau interne chauffés à blanc donnent leur pleine mesure, parfaitement alignés , l'esprit peut s'évader et courir à sa guise de son côté. Un de mes jeux favoris est de saisir à la volée les bribes de conversation lorsque je dépasse des groupes de coureur. Et d'imaginer la suite...et quand la phrase captée est piquante il m'arrive brusquement de ralentir pour en connaître la suite...en entrainement, on appelle ça le fractionné...on accélère et on récupère..dans mon cas c'est le fractionné commère ! Aujourd'hui les bribes étaient très courtes, à peine quelques  mots: "...erreur de la maquilleuse...",  "...enfermé dans le placard...",  "...des stigmates rouges..." Aujourd'hui j'allais trop vite, à peine le temps d'imaginer cette femme enfermée dans un placard avec un grand trait de rouge à lèvre en travers du visage. Je me sentais bien, ne sentant pas la douleur, volant au-dessus des galets saillants. J'en étais sûr, en ce petit matin frisquet, ça sentait la perf...genre record du tour...

Las, le chrono fut décevant...faut-il absolument souffrir pour gagner ? le bien-être est il compatible avec la performance ? ma vision du management performant n'est-elle que délire idéaliste ? j'avais chaud, le constat m'a refroidi...

Ce soir je vais au match...

Ol4 ...pour voir une équipe qui gagne et qui inspire les bonnes pratiques de management ! pour admirer du beau jeu et des joueurs tournés vers le plaisir de jouer. Je vais au match pour observer un coach ouvert, serein, empathique, à l'écoute et donnant sa chance à tous. Je vais au match pour voir un public heureux et humble. Je vais au match pour m'imprégner des valeurs fondamentales du sport d'équipe, et qui devraient l'être aussi celle de l'entreprise...une équipe qui gagne est d'abord une équipe qui aime prendre du plaisir sur le terrain. Aux oubliettes les techniques malsaines de pressurisation des joueurs,  la concurrence interne (mais qui est l'ennemi ? ses propres coéquipiers ? son coach ? ou l'équipe adverse ?) Ce soir on va gagner parce qu'on aime jouer, parce qu'on n'a pas le ventre noué en entrant sur le terrain , parce qu'on a confiance et qu'on nous fait confiance, parce qu'on a envie de créer...ce soir on va être encore meilleur parce qu'on a la culture du travail et de l'amélioration continue, à petit pas sans fixer en permanence le tableau d'affichage...On va gagner parce qu'on s'entraine dans la bonne humeur et dans le bon humour, parce qu'on est fier de son maillot, parce que chaque joueur aime apprendre et enseigner...je viens voir l'envie et l'enthousiasme, les seules clefs de la réussite...

Et dans votre entreprise, ça se passe comme ça ?