L'homme est pâle et apeuré. Entouré par une horde qui hurle et l'insulte. Il feint ne pas entendre et marque juste sa désapprobation par un haussement discret des sourcils. Il sait qu'il ne faudrait pas les énerver davantage. Sa chemise blanche et ses lunettes à monture fine trahissent encore son rang. Il est trop tôt pour arborer les prémisses de la détention, cernes et barbe naissante.
Pourtant, des cernes et une barbe naissante, ça serait encore plus percutant.
Les geôliers se pressent autour de lui et soufflent le chaud et le froid. On laisse approcher quelques excités suffisamment près pour sentir leur rage, mais on les repousse pour éviter tout contact. Tout juste quelques crachats fusent.
Des crachats fusent ? Aucune importance, la bave du crapaud n'atteint jamais la blanche colombe.
Une dure nuit s'annonce. Passer la nuit au bureau avec trois collaborateurs, couché sur la moquette. Comme quoi on avait eu raison de la faire épaisse et bouclée. Le DRH ne se sent pas bien, il n'a pas sa brosse à dents. Il est évacué par des gentils organisateurs.
Parce qu'ils sont gentils. Ils ont même promis des croissants pour le lendemain. Si le DRH avait su cela avant...
C'était cette semaine dans un bureau de la direction de Caterpillar. Des membres de la direction pris en otage par des syndicalistes. Des petits syndicalistes. Personnellement j'attendais plus fort, plus grand...un truc du style tronçonnage de petit doigt. le petit doigt du directeur , c'est tout un symbole, c'est lui qui lui dit tout, qui le conseille , dans ces durs moments de crise... Comme au bon vieux temps du Baron Empain. Certes c'était crapuleux, mais terriblement plus romantique !
Du coup le débat fait rage. L'opinion est partagée. D'un côté il y a les gentils et de l'autre les méchants. Et vice versa. Il faut dire que les acteurs ont été convaincants. Après tout, dans les jeux du pouvoir, patrons et syndicalistes se rejoignent. Ils connaissent leur rôle et l'interprètent à merveille. Cette prise d'otage est qualifiée d'illégale par certains, de morale par d'autres. Comme si légalité et moralité était corrélées !
Ces pseudos mouvements de force arrangent tout le monde. Chaque partie peut endosser le rôle de victime, du gentil, les médias se délectent, le public crie au scandale. En attendant les problèmes de fond ne sont pas traités. Que faire quand l'activité chute de 95% ? et comment amortir cette chute pour les salariés ? On aurait pu au moins mettre les otages dans un godet d'engin de chantier pour faire de la pub à peu de frais. Chez Caterpillar les syndicalistes manquent d'imagination.
Mais on a les patrons et les syndicalistes qu'on mérite. Pour un Caterpillar, il y a plusieurs cas où la négociation se fait, difficile, éprouvante, certes, mais sans mise en scène. Je n'ai personnellement jamais eu envie de séquestrer mes patrons, encore moins de leur trancher le petit doigt. De toutes façons le premier d'entre eux n'en avait déjà plus qu'un...

Pas envie d'hurler avec les loups. Je m'effrondre devant la bêtise humaine qu'elle vienne des dirigeants ou des dirigés. Le tolérable est pour moi dépassé et les temps obscures reviennent au galop dans ces situations de rupture, quand tout craque, chacun pour soi, adieu l'écoute et le minimum d'empathie qui font de nous encore parfois des êtres humains ! Je ressors encore plus en colère après avoir lu votre note. Bientôt la fin du monde ?
Rédigé par : Gicerilla | 04/04/2009 à 18:59
Les moments de crise réclament des changements - Dans l'urgence, la précipitation, les gens se positionnent selon l'instant, le mouvement par le bas ou par le haut - La violence est là comme une ambiguité, une transformation de raison sociale - Beau texte A+
Rédigé par : valériane | 06/04/2009 à 18:18
... pourtant je pensais que la séquestration étais une forme de crime ...car selon le code pénal (article 224-1), la séquestration consiste à priver une personne de sa liberté de mouvement. C’est un crime passible de vingt ans de prison. La peine tombe à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende si la personne est relâchée par ses détenteurs avant sept jours de séquestration et si elle n’a pas subi d’atteinte physique ... mais dans de tel cas la Police n'interviendra pas car sa peur première est d’envenimer la situation ... au pire elle vous enverra un médiateur. A quand le premier Patron torturé ! C'est une honte !!!
Rédigé par : Sebastien T. | 27/04/2009 à 09:06