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« avril 2008 | Accueil

Du management au 7ème art...

Palmes Toi, Manager, assis sur ton sofa, que dis-je, affalé dans ton canapé, tu regardes avec envie le monde people qui gravit les marches du palais dans un feu de paillettes et de lumières.

Toi, Manager, sirotant ton soda, que dis-je t’enfilant une bière, tu attends avec impatience la cérémonie de remise des palmes d’or pour te délecter des décolletés plongeants et des discours complaisants. Tu ricanes un peu et te moques beaucoup de voir ces gens qui paradent, prennent des poses et rivalisent de convenances… Tu te dis que finalement tu ne supporterais pas de vivre dans ce milieu d’acteurs superficiels paradant à longueur de journée en quête de flatteries et autres caresses.

Pose ta bière, Manager, ta lucidité est en train de se faire la malle !

Redresse toi un peu, et écoute un peu. Manager, tu vis au milieu d’acteurs toute ta sainte journée ! Et tu es probablement le plus doué d’entre eux, celui qui mérite la palme !

Imagine, Manager, si ton personnel te voyait là, débraillé et imbibé devant ta télé, mais il te filerait directement un oscar !!!

Très tôt tu as été élevé au biberon des apparences et de la retenue. Dans tes cours de management on t’a appris à garder masque et sang-froid en toutes circonstances, à tel point que ce sang t’a gelé tout en entier. Tu as acquis au fil des ans cette capacité à te transformer et à maîtriser tes émotions. Tu es dans un perpétuel rôle de composition…fais gaffe à ne pas devenir schizo !

Ce qui t’indigne, t’émeut, te scandalise à la maison, te paraît anodin au boulot. Pire que cela, les valeurs que tu défends en privé, tu t’assois dessus avec tes collaborateurs… En fait, Manager, une partie de ton énergie est pompée par cette croyance qui voudrait que l’efficacité au bureau passe par une remise à zéro complète de ta personnalité et nécessiterait d’endosser au propre comme au figuré l’habit du manager.

Tu n’a pas de faiblesse, pas de doute, tu ne ris pas, ne pleures pas, ne flanches pas, tu ne te tâches même pas en mangeant … Ben oui tu n’es pas comme à la maison, Manager, et tu as toujours pensé que c’était un gage d’efficacité…

Tu es un sacré acteur, c’est sûr que tu la mérites cette palme…elle pourra peut-être te permettre de surnager encore quelques temps, dans ton océan de certitudes…

La dernière nuit de l'Usine

J'ai encore fait un rêve étrange de cette usine, la nuit. Elle avait été vidée de ses viscères, laissée nue sans âme laborieuse qui vive et sans machine qui tourne. Des estrades avaient été installées et des passerelles reliaient les différents ateliers. Des milliers de rayons laser et des leds multicolores zébraient l'atmosphère enfumée. J'errais avec quelques amis dans ce monde étrange, sans m'apercevoir que ce n'était qu'un rêve...Des dizaines de bar avaient été dressés et la foule s'agglutinait autour, assoifée et allumée. Les images dansaient sur les murs et les plafonds au son des rythmes les plus fous. Des milliers de fantômes déambulaient dans ces lieux magiques recherchant la meilleure vibration , celle qui transforme le corps en caisse de résonnance et qui fait exploser les tripes. Mon propre bureau avait été transformé en régie, celui du DRH en boutique de bouchons d'oreille. Techno de folie dans l'atelier central, rap déglingué dans l'atelier "duals", rock trash dans l'atelier du spiralage et salle de détente zen dans le local de la serrurerie, les lieux centenaires en tremblaient de plaisir. Le bruit, l'alcool, la lumière, la fumée, les mouvements de foules incontrôlés, tout était à l'envers de la vraie vie de l'Usine. Mais cette liberté brutale et cet art extrême avaient le bon goût d'un hommage décalé. Je m'étais toujours douté que cette Usine avait une âme la nuit, je n'avais pas imaginé que la dernière serait déjantée à ce point. Je ressentais comme une grande jouissance mêlée de tristesse d'imaginer chaque emplacement de machine, chaque bureau, chaque personne vacant à son occupation, au milieu de ce délire de feux et de sons. Les lucioles multicolores tournoyant sur les machines subliminales, mêlées à ce tourbillon des sens rendaient la scène encore plus improbable...

Et si ce n'était pas un rêve ?

Nuits sonores

Nuits_sonores Comme un dernier soupir, avant de s'endormir définitivement, L'Usine va se réveiller dans un concert de sons et d'image. Plus de deux ans après, les murs vont à nouveau trembler, comme pour rappeler que rien ne meure tout à fait...quel endroit idéal pour faire résonner les musiques d'aujourd'hui et de demain, celles qu'on écoute par le corps entier et qui font vibrer les sens. Refouler ces lieux , imaginer les hommes et les machines au milieu des traits de lumière et des bpm endiablés...un rêve. Des stars de la musique électronique, Laurent Garnier and co, comme pour un hommage débridé aux rythmes synchronisés des lignes de fabrication, aujourd'hui rouillées , démantelées et abandonnées quelque part au soleil de la Tunisie profonde...

Les nuit sonores, une vraie bonne idée, communion entre l'art et l'industrie, la vie et la mort, le bruit et le silence, le jour et la nuit...un seul endroit au monde pouvait transcender un tel spectacle, l'Usine... 

Eloge du beautile

Platon3  La recherche du beau peut elle faire partie d’une pratique de management, dont la finalité est ne l’oublions pas la performance de l’entreprise ? La définition même du beau n’est-elle pas incompatible avec les intérêts bassement matériels, comme l’intérêt économique ? Poursuivre un objectif esthétique est-il forcément antinomique avec l’exigence d’efficacité ?

Songer à privilégier le beau peut paraître absurde dans le monde gris et terne de l’industrie lourde ; Qui pourrait voir un soupçon de poésie dans ce monde de brutes ? Personne. Et justement, si on s’engouffrait dans cette brèche ? et si le beau finalement pouvait être utile ? et si on ne faisait pas que simplement joindre l’utile à l’agréable, mais aboutir à l’utile par le beau ?

La recherche du beau va évidemment se heurter à une définition controversée d’une notion considérée comme peu universelle. Je n’aurais pas la prétention de donner une version définitive mais pourrait-on s’entendre sur celle qui prétend que le beau est ce qui déclenche l’admiration et procure une sensation de plaisir ? La définition n’est pas universelle, certes, mais les belles choses ne le sont-elles pas un peu ?

Ne pourrions nous pas implanter des machines aux sons harmonieux ? Ne pourrions nous pas communiquer par mails rédigés en alexandrins ? Utiliser des produits aux odeurs parfumées, concevoir des postes de travail qui respecteraient les proportions du nombre d’or ? le beau ne serait-il pas finalement d’une utilité supérieure s’il contribue à rendre l’homme heureux au travail ? et quel est le facteur de performance le plus efficace que le plaisir de travailler ?

Ces pensées fugaces me vinrent ce matin lors d’un entraînement délicat de course à pied, soufflant comme un boeuf. J’ai réalisé sur le parcours que les coureurs les plus performants que je croisais étaient ceux qui avaient la plus belle foulée…fluide, déliée, ample, légère, alignée, aérienne, bondissante…inutile de sortir le chronomètre pour prévoir leur temps. L’élégance intimement liée à la performance, sans savoir lequel est la conséquence de l’autre…peu importe d’ailleurs. Alors plutôt que rechercher la vitesse, partir à la quête de l’esthétisme du geste….douce sensation de se sentir alors voler, sensation du déroulé parfait qui déclenche une salve d’endorphines, et qui propulse à coup sûr sur le chemin de la performance.