Pas de sens...
Les murs sont épais et gris. Le shed laisse passer les rayons du siècle passé. Les flammes crachent des ombres et dansent autour des ouvrières affairées. Le verre rougeoie et se reflète sur leur visage. Les fils de tungstène s’en mêlent et s’emmêlent…
Le rythme des machines scande la cadence, les galets frappent les cames récalcitrantes.
Le sol et les murs sont sales et sombres. Les lucioles virevoltent dans une chaleur étouffante.
Les ampoules flashent en rythme alterné.
Zola ou l’image que je m’en fais et pourtant cette usine est enchantée.
Je respire l’odeur de la graisse et de l’huile des mécaniques froides qui attendent la mise à feu.
Cette odeur…la même que l’usine de mon grand père, celle où les navettes filaient à la vitesse de la lumière, celle où les vilebrequins, roues, poulies et courroies claquaient de concert , celle dont le shed laissait passer juste un trait pour faire luire le fil et les métiers…
Cette odeur pleine d’histoire, de souvenirs et d'ouvrages sans cesse remis...
Ce sera cette usine, cette usine incandescente au parfum inoubliable.
C’était il y a 24 ans…
Et le 11 janvier 2005, il y a trois ans aujourd'hui, des hommes insensés (*) ont signé l’arrêt de mort de l’usine sans comprendre que les murs ont une âme…l’âme des immortels…
Et une odeur…
(*) Homme insensé: homme dénué de sens dont le sens olfactif, ce qui l'empêche d'avoir du nez...


Très beau texte !!
Rédigé par: balmeyer | 14/01/2008 at 20:20
Un joli texte, oui ! Hommage inattendu à des murs rendus presque humains par vos mots, vos souvenirs... Pourtant je m'étonne. Pour vous lire parfois, je sais que vous êtes un puriste, alors de lire ici un anglicisme, aussi vieux et consacré soit-il, me laisse pensive. Ne seriez-vous pas si anti-british que cela ? En effet, le français nous a donné " Toiture à redents" qui vaut bien un "shed" en passant...
Rédigé par: Luce | 17/02/2008 at 14:29
Oui c'est vrai, mais un angliscisme du 19ème siècle, n'y a-t-il pas prescription ?
Rédigé par: indelocalisable | 17/02/2008 at 15:49