Les lampes et le chaos
J’ai finalement succombé aux sirènes du grenelle de l’environnement. A force d’être toujours à la traîne dans ce domaine, comme s’en moquait Buck Charmi le responsable environnement de l’usine défunte, j’ai fini par avoir des complexes. J’ai donc remplacé toutes mes lampes à incandescence par des lampes à économie d’énergie pour quelques centaines d’euros car il a bien fallu aussi changer quelques lustres et autres lampes de chevet.
J’ignorais alors qu’elle allait être ma douleur…
Très rapidement ma femme a trouvé la lumière blanche et le style des lampes incompatibles avec le décor et les meubles du salon. Elle n’avait pas tort à vrai dire, mais d’ici à tout changer…
C’est ce qu’elle a fait, sans vergogne.
J’ai cru quelques temps, dans l’excitation du changement, que les choses allaient en rester là…
Que nenni !
Aux premières gelées elle s’est plainte de l’ambiance froide, illusion donnée par la lumière plus blanche des lampes fluorescentes. Et de m’expliquer que le confort, c’était d’abord une question de sensation, et que là elle ne se sentait pas bien.
J’ai augmenté le chauffage, et j’ai vu un sourire sur ses lèvres gercées. Enfin la quiétude des soirées d’hiver en perspective. Malgré tout, comme elle aimait profiter le soir de la chaleur de sa lampe de chevet, en mari attentionné je lui ai rajouté un petit radiateur électrique à proximité du lit.
Mais le pire était à venir.
Le chat, SON chat, qui doit avoir une dent contre l’environnement et qui avait échappé à la cécité il y a peu de temps, n’a pas trouvé mieux que de faire tomber une de ces lampes compactes fluorescentes et d’en lécher les débris.
Et l’abruti, c’est qu’il est devenu vraiment aveugle. Je ne pensais pas que quelques milligrammes de mercure pouvaient avoir ces conséquences ! un chat normal , c’est déjà pas drôle tous les jours, mais alors aveugle !!!
La semaine dernière je regardais avec tendresse ma femme en train de lire sur le canapé du salon, un plaid sur les épaules et son chat hagard sur les genoux. D’un seul coup je la vois blêmir (sous les lampes blafardes, je ne vous explique pas le tableau…) et me tend en tremblant un journal en me montrant un encart discret :
«le fonctionnement des lampes basse consommation génère de puissants champs électromagnétiques, susceptibles de gravement perturber les biens et les personnes. Le CRIIREM (Centre de Recherche de d’Information Indépendante sur les Rayonnements ElectroMagnétiques) déconseille l’utilisation de ces ampoules ».
L’imaginant en train de perdre ses cheveux et sous la pression des générations futures (je veux parler de mes enfants…) maudissant ma fausse bonne idée, j’ai vite remis mes lampes à incandescence que j’avais eu la bonne idée de ne pas jeter.
Et je redoute, fébrile, le moment où ma femme voudra rechanger les meubles du salon…





Les commentaires récents