Des ordres ou désordre ?
Au moment d’entreprendre une opération radicale pour mettre à mal le fatras régnant sur son bureau, le manager s’offre un instant d’égarement. Eliminer le désordre ou non, tel est son dilemme…nombre de fois où la juxtaposition anarchique de documents hétéroclites et sans rapport ont fait germer en lui des idées nouvelles ! Ce qui est vrai pour son espace de travail, ne le serait-il pas pour son organisation ?
Convaincu que son principal objectif est d’ordonner pour optimiser, il se rend compte avec angoisse que cet ordre qu’il recherche est aussi porteur de chaos. Plus l’organisation est ordonnée, planifiée, rigidifiée et plus elle est sensible au moindre grain de sable. Une organisation hyper ordonnée est une organisation statique, figée, qui se retrouve rapidement fragilisée par son décalage avec les multiparamètres de son environnement en évolution continue.
Ca lui donne des sueurs au manager. Pour être efficace il faut ordonner, mais il met ainsi en danger son organisation ?
Comment supporter l’idée que l’ordre est mortel, le désordre aussi ? le manager doit-il choisir entre la corde et l’échafaud ?
Parce que ça lui fait peur le chaos, la perte de contrôle, la fuite éperdue des équilibres. Ca lui fait peur, mais il sent intuitivement aussi que le désordre est nécessaire pour engendrer la nouveauté et stimuler la créativité. Il comprend aussi que le désordre malgré tout aboutit à de nouvelles cohérences et engendre des organisations innovantes qui s’autorégulent. Le désordre est un véritable carburant du changement et crée des micro-ordres en mouvement. Il sent ce concept, le manager, mais ne peut le concrétiser, le transformer en pratique quotidienne de management. Ne doit il pas faire la différence entre l’ordre imposé et l’ordre naturel, l’évolution ordonnée ?
Il a le cerveau en feu, le manager, quand son esprit divague ainsi et fait des aller-retours entre les vices et les vertus de l’ordre et du désordre. Mais comment peut-il faire pour expliquer à ses équipes qu’elles doivent respecter les règles jusqu’à la moindre virgule quand lui-même est convaincu que le désordre de son bureau l’oblige à une veille permanente et salutaire ?
Comment peut il convaincre ces collaborateurs de s’engager sur des méthodes reconnues et efficaces basées sur l’ordre et le rangement (5S en milieu industriel par exemple), en ayant la crainte permanente d’appauvrir le potentiel créatif de son organisation ?
Comment peut-il promouvoir ces méthodes, véritables chemins tracés sans ignorer la richesse des voies détournées ?
Pourquoi ne rien laisser au hasard alors que le hasard est source de progrès, de nouveauté, d’évolution ?
Il se souvient, le manager, de ses lointains cours de mécanique des fluides où le professeur faisait remarquer avec malice que le régime turbulent est beaucoup plus efficace dans les échanges thermiques avec l’extérieur que le pauvre régime laminaire…
Le manager doit mettre en place une organisation apprenante, culturellement tournée vers le changement, capable d’auto-organisation. Il doit en être le régulateur, pas l'ordonnateur.
L’ordre c’est la contrainte, les directives, la hiérarchie, la routine, l'ennui, l'inertie, le contrôle, la certitude, les normes et finalement l’assoupissement.
Le désordre c'est la rapidité, les turbulences, la nouveauté, le changement, l'imprévu, le renouvellement, les risques, le doute, l'autonomie, la liberté, et finalement le progrès.
Opposer ces deux notions est stérile, le manager vient de réaliser que son rôle est de gérer ce mélange subtil d'ordre et de désordre, mélange qu'on appelle complexité...
Le manager sourit, le triste état de son bureau lui a encore inspiré des idées nouvelles...


On peut aller voir le site ci-dessous (parasite) ! !
http://lepercolateur.free.fr/new/wp21/?p=246
Rédigé par: Gilbert François | 15/11/2007 at 16:39
C'est lumineux ! J'éprouve (dans le désordre) à la fois un franc bien-être, quelque chose comme de la gratitude et une nouvelle confiance en ce qu'il n'est pas vraiment possible d'appeler "méthode" mais dont chacun retirera plus que des principes : une vision !
Rédigé par: Philippe | 08/12/2007 at 08:17
Que tirer alors de la chaos pathologie, de la gestion de la permanence de l'incertitude ? Est ce que le manager , ne fusse que d'un blog aussi éclairé que celui-ci, serait prêt simplement à ce qu' un événement imprévu vienne perturber, à n'importe quel moment, la bonne marche de ce qu'il avait justement bien planifié? Etes - vous prêt à ce que cela vous arrive, et ce sans pour autant vous plonger dans un stress destructeur ? Et, plus philosophiquement, en est il autant de la vie amoureuse, qui parfois perd le parfum de la passion qui l'anime, sans crier gare?
Rédigé par: SISKUN | 01/01/2008 at 21:19