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Bonne année !!!

Soupe Le réveillon cette année pour moi, ce sera soupe de poireaux avec biscottes délicatement immergées. Pendant qu'agapes et cotillons seront le lot de chacun, il me semble qu'une retraite brève mais intense est nécessaire pour faire le bilan d'une année...disons mouvementée (euphémisme). je vais en profiter aussi pour rédiger mes cartes de voeux qui seront cette année teintées de douceur et de tendresse...En avant première, j'ai envie de vous faire partager, amis lecteurs du blog, mes quelques voeux d'espoir...

Je souhaite un krach monumental à la bourse de New York avec un tsunami financier qui submergera toutes les places du monde...Je souhaite un soulèvement sans précédent du peuple chinois contre leurs conditions de travail lamentables...Je souhaite un tremblement de terre en Tunisie dans la région de Kairouan. 9 minimum sur l'échelle de Richter...Je souhaite une explosion des coûts de transport liée au pétrole et à l'engorgement des voies maritimes...et plein de choses bien à Sarkozy, mon petit préféré (!) et à tous les chantres du libéralisme sauvage et de la pensée unique...

Une petite pensée aussi pour vous tous...dans les reflets de ma soupe aux poireaux je ne vois que de bons présages...

Bonne année 2006...

Jour de deuil ?

DeuilElle est arrivée cette foutue lettre de licenciement. Trois pages insipides pour signifier ce que je sais depuis longtemps. La justification du licenciement économique, les mesures d'accompagnement proposées...rien de très nouveau, sauf peut-être la priorité de réembauchage durant un délai d'un an...C'est bien, c'est optimiste de penser que l'entreprise sera encore là dans un an !

La réception de cette lettre m'a un peu replongé dans le souvenir d'une année tourmentée. Le 11 janvier la fermeture du site était annoncé, le 22 décembre je reçois ma lettre. 22 ans de bons et loyaux services. Que des nombres divisibles par 11...ils ont dû le faire exprès...cette fermeture était si bien organisée...

A chaque étape je me suis dit que le deuil allait être fait. Annonce de la fermeture, puis 6 mois après fête de clôture, puis 2 mois après fin de la production, puis 1 mois après évacuation des ateliers, puis vidage complet de l'usine, puis cette lettre...puis...

Et puis ? démarrage du nouveau job ? sera-ce suffisant pour oublier ce gaspillage inacceptable ? probablement pas. Cadre baillonné , ayant accompli jusqu'au bout la mission (de merde) assignée, il me manque une chose essentielle: m'exprimer.

Dire ce que vraiment je pense de cette destruction et des méthodes employées. Cela devrait venir un jour.

Bon réveillon à tous...

Le ciel par dessus les toits...

Ciel Le ciel est bleu aujourd'hui. En fait c'est drôle, je n'avais même jamais remarqué qu'il y avait un ciel au-dessus de ces murs gris. Peut-être y-a-t'il un soleil aussi ? et des fleurs ? et des oiseaux ? alouette...

Aujourd'hui nous avons décidé de faire un voyage de fermeture. Une bonne occasion de tester la voiture la plus longue du monde de SM. Enfin, c'est ce qu'il nous dit. C'est vrai que même à six, on est au large. Six dont trois recasés, un futur proche recasé, un futur lointain et un conditionnel.

Le paysage défile et la voiture tangue. Dans une voiture aussi longue, les dernières places, c'est comme le petit train du vivarais... Nous remercions RD de nous avoir invité à St Etienne pour visiter une usine qui vit. En plus c'est le repas de Noël. Que du bonheur !

Ce soir on ne se dira pas à demain. Les jours vont recommencer à grandir. Nous sommes en vacances et allons prendre le temps de vivre.

Sauf JLE qui a un entretien pour le job du siècle, lundi. Mais dès mardi, squash et bringue...et on se promet de remettre ça toutes les semaines.

Nous venons de vivre les moments les plus extraordinaires de notre carrière...pas les plus drôles, mais vraiment les plus extraordinaires..et quand j'ai entendu la sirène du 36 tonnes canadien qui a failli nous écrabouiller tous les six dans la voiture la plus longue du monde...je me suis dit que finalement , on était quand même verni...

Zéro...

Fin_2       

Il n'en reste qu'un !

H1 Plus qu'un jour...c'est en ce qui me concerne le 7921ème jour. Aujourd'hui champagne, SM a trouvé un job. Les deux-tiers de l'encadrement ont retrouvé un travail avant la fermeture de l'usine. Les autres ne vont pas tarder. C'est même très chaud pour JLE...

Alors nous avons rangé, mangé , bu, chanté....redécouvert avec plaisir la chanson de soeur Sourire , pour finir la journée par un squash sanglant. JLE par un coup de raquette vengeur sur le crâne a voulu me faire payer quelques années de collaboration... Ce mercredi nous vidons les locaux. C'est la fin. C'est pas possible d'avoir bossé autant pour en arriver là...pour s'entendre dire que "La Chine, finalement, c'est un peu loin..." . Tout juste si on nous ne disait pas "si on avait su..."

Plus que 2 jours...

H2 Plus que deux jours. Impossible d'écrire la moindre parcelle de blog avec ce foutu PC. Un informaticien, spécialement délégué pour cette tâche infâme, a débranché le serveur, tôt ce matin. L'adsl est revenue au temps maudit du 56K. Les mails partent et reviennent sans trouver leur destinataire. Les cris de BL déchirent encore l'atmosphère glaciale. Lui aussi est en train de péter un cable...

Tout est vide, il ne reste que nous, engoncés dans notre parka, transis de froid et de colère. Ils ont fermé la cafétaria. L'odeur des frites plane encore dans les couloirs. Quelques cadavres de yaourts jonchent le sol.

Quelques zombies à cagoule viennent quémander pitance et chaleur. Nous accueillons ces démonteurs avec mansuétude. Exécuteurs des basses oeuvres, nous n'oublions pas qu'ils sont aussi victimes. Ils repartent à la quête d'une armoire ou d'un bureau perdu, repus d'un bout de croissant rassis et d'un café rance (faut pas exagérer non plus !)

Les ateliers sont vides comme la mort.

BL, JLE et SM activent leur recherche. les entretiens se succèdent. Les autres font leurs cartons, histoire d'emmener un bout d'âme avec eux.

Les derniers jours le champagne va couler à flot. On va lutter jusqu'au bout, la coupe à la main pour fêter notre deuxième vie.

Rejet

GreffonLe greffon prendra-t-il ? la question est d'actualité. les problématiques du rejet, aux conséquences dramatiques dans les greffes médicales, existent aussi dans le monde du travail. De notre observatoire fortifié nous assistons en spectateurs impuissants aux difficultés de nos collègues qui ont retrouvé un job. Ne nous trompons pas, si la phase de recherche est difficile et stressante, c'est aussi une phase dynamique et créatrice. Et ce n'est que la première étape.

Toutes les expériences montrent une première période de déprime post-recherche. Compréhensible  après la joie intense et légitime d'avoir signé. Le problème est de différencier cette période normale au début d'un nouveau job où la prise de repères prend un peu de temps , d'un vrai problème de management de l'entreprise qu'on intègre. Observer, s'acclimater, s'adapter est nécessaire. Vendre son âme, non. Il est difficile de percevoir lors du recrutement, le style de management d'un patron acariâtre ou despote...

Pour limiter les rejets, les transplantés sont soumis à une cure intensive de médicaments. Le shootage au prozac n'est pourtant pas à conseiller au nouvel embauché. Celui-ci doit prendre du recul, en se posant les bonnes questions:

  • Suis-je dans une phase normale de doute lié au changement ?
  • Aurai-je les moyens d'influer sur une situation qui ne me convient pas aujourd'hui ?

Certains ont répondu très rapidement par la négative à ces deux questions et ont jeté l'éponge. Il faut du courage, aussi pour ça.

Séquence émotion

Ya3 Ce qui me manquera le plus de cette usine est sans aucun doute le moment sacré de la dégustation de mon yaourt aux pruneaux à la cafétaria (*). Je peux l'avouer aujourd'hui , mon yaourt millésimé m'était réservé chaque jour par le cuistot (ben oui, privilège de chef...)

Connaîtrai-je à nouveau ce moment délicieux, quand plus rien n'existe au monde, où le yaourt, seul objet de ma convoitise, s'offre à moi au milieu du plateau rouge (je ne prends que des plateaux rouges) lui même placé parfaitement perpendiculairement aux bords de la table en formica ?

Ressentirai-je à nouveau ce désir qui monte lorsque mes doigts effleurent l'opercule délicatement scellé, masquant avec pudeur la douceur de ses entrailles ?

Verrai-je à nouveau cette belle moire ambrée, fruit complexe d'un mélange habile de noirs et de blancs ?

Sentirai-je à nouveau ces fragrances subtiles , drogues  licites de mes journées laborieuses ?

Gouterai-je à nouveau ce fondant unique qui relègue au second rang les plats alambiqués des chefs étoilés ?

Demain c'est mon dernier yaourt aux pruneaux.

(*) je me souviendrai aussi des gens, des machines, des murs, du bruit, des odeurs...

Principe d'inertie

Inertie "Le principe d'inertie se base sur la loi physique selon laquelle un corps, une fois mis en mouvement, garde toutes les valeurs déterminant le mouvement - vitesse relative, direction, etc. - tant que n'intervient aucune autre force le soumettant à d'autres valeurs"

Autrement dit, dur à démarrer, mais difficile à arrêter ! Et bien c'est comme ça pour la recherche de job, aussi. Le décalage entre la mise en mouvement du système global et l'effort appliqué est souvent important. Candidatures spontanées, activation du réseau, réponses aux offres...rien ne se passe au début, au grand désespoir de ceux qui réalisent alors qu'il vaut mieux offrir ses compétences (denrée à profusion) plutôt que chercher un emploi (denrée rare).

Mais une fois que tout est en route, et qu'on a trouvé le job de sa vie (!), la machine infernale continue, écrasant sur son passage toutes les certitudes du bonheur retrouvé...Profusion d'annonces 100% dans le profil, approche directe de cabinets, tout y passe, mettant à l'épreuve sans vergogne notre capacité à résister à la tentation du regret.

Bon c'est  vrai, cette étape post-recherche n'est pas la plus douloureuse.

Amis du compte à rebours...

Chrono ...bonjour ! A vous tous lecteurs assidus, spectateurs impuissants du drame qui se joue, blogueurs haletant devant un suspens insupportable, je voudrais vous faire partager notre dernière ligne droite.

Plus qu'un mois ! dans un mois cette usine ne sera plus qu'une coquille vide, vestige d'un siècle d'activité à jamais révolu. Un mois, mais la pression devient difficile à supporter. Tout est fait pour qu'on soit délogés avant. Les assauts répétés des démolisseurs, les incursions des mercenaires deviennent difficiles à contenir. Le chef des déglingueurs fait les cents pas devant les parois vitrées du bastion, espérant le moindre faux mouvement. Les yaourts aux pruneaux sont même en rupture à la cafétaria. C'est un signe. Nous couper les vivres fait partie de leur stratégie. L'absence des machines refroidit l'atmosphère. Le froid ralentit la connection au réseau informatique. L'accès à internet nous est compté.

Un jour prochain, ce blog se figera. Ils auront eu raison de nous.