En écoutant le témoignage de tous ceux qui recherchent un job, il semble de plus en plus évident que les recruteurs recherchent le clône parfait, à l'image de ce qu'ils connaissent et maîtrisent déjà dans leur entreprise. Quand on voit le nombre d'entretiens ou les critères ultra-précis et ce à tous niveaux, il est clair que l'entreprise aujourd'hui ne prend pas (ou peu) le risque de sortir d'un schéma connu.Tel atelier est composé uniquement d'hommes ? on embauchera un homme, tel autre travaille dans le plastique, on prendra un manager plasturgiste... Et pourtant, pourquoi se priver du formidable effet décupleur de la différence et de la nouveauté ? L'apport de nouvelles technologies, de nouveaux comportements dérange certes, introduit certaines fois un mini chaos dans l'organisation, mais est une vraie source de créativité.
Le recul que m'apporte la situation de chercheur de job est vraiment salvateur. Englués dans les contraintes quotidiennes, nous refusons d'emblée ce qui représente à priori un risque de problème à court terme, sans en voir les bénéfices à long terme.
Qui ne rêve pas d'avoir des équipes uniformes, obéissantes, sans histoire, suivant sans mot les quelques locomotives à la botte du chef ? Qui n'a pas espéré se séparer des quelques trublions du wagon de queue, les fouteurs de m... et autres empêcheurs de tourner en rond ?
Moi le premier.
Et pourtant. Chaque cas, considéré comme difficile, est un cas, en fait, différent. Il demande un effort et de la créativité pour le gérer. Sans en oublier les aspects négatifs, concentrons nous d'abord sur les aspects positifs. La difficulté et les problèmes sont créateurs de progrès. Sautons à pieds joints par dessus la vision linéaire du paradoxe du manager qui doit éviter les problèmes (c'est vrai) qui pourtant le font progresser, lui et son organisation (c'est vrai aussi).
Ce sont les locomotives et les wagons de queue qui nous font avancer, pas le ventre mou !!!
Un chef embauche à son image. C'est un réflexe naturel inconscient, d'une part et une protection aussi, qui lui donne l'illusion de maîtriser. Le chef définit un champ de critères pour son recrutement et le communique au cabinet de recrutement ou aux RH. Pas de problèmes les critères vont être respectés à la lettre ! sur le marché on trouvera sans problème 2 ou 3 clônes...(*)
La mode est à l'ouverture vers l'extérieur, la mobilité, la mondialisation...certes, mais que les entreprises commencent à s'ouvrir de l'intérieur, fasse rentrer le monde dans leur sein même...l'exotisme, l'originalité, la folie pourquoi pas !
Il me semble qu'une façon d'ouvrir l'entreprise aux différences, véritables créatrices de richesse, serait de confier le recrutement au N+2, dans sa définition et le choix final. Pas au N+1, encore moins au N. Le N+2 sera plus soucieux du long terme et pas soucieux du tout de sa propre protection et de son confort.
Les quelques recrutements , internes ou externes, que j'ai effectués en tant que N+2, n'auraient jamais été faits par les N+1 ou les N. Ils ont été pourtant essentiels dans les progrès de mon entreprise. Je pense entre autre à la première nomination d'une femme agent de maîtrise sur une ligne de production complexe ou l'embauche d'un jeune technicien au méthodes particulièrement...musclées...
Faut-il attendre la pénurie pour que les entreprises embauchent des très jeunes, des très vieux (!), des autodidactes, des polytechniciens, des femmes, des hommes, des durs, des doux... avec pour objectif d'utiliser la différence comme catalyseur ?
(*). Sans compter que le chef recrute avec les mêmes travers. Pour la petite histoire , en voyant le fouillis sur les bureaux de mon entreprise, on remonte rapidement au recruteur commun...
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